Le Millefeuille par Sébastien Dégardin

La chose la plus étrange avec le sentiment amoureux, c’est le calme après la tempête qu’il cause en nous. Comment se fait-il que l’on s’éprenne de quelqu’un jusqu’à ne plus pouvoir vivre sans penser à son amour, et qu’ensuite tout cela disparaisse ? Où est à présent cette personne que nous avons été, celle qui n’a plus respiré que pour l’autre ? Peut-être qu’une part de nous est déçue de comprendre que tout passe, même les chagrins d’amour… C’est donc vrai qu’on s’en remet finalement… Est-ce triste ou heureux ? Et la vie sera-t-elle une alternance de ces moments, de transcendance et de platitude, de choses qui croustillent et de choses qui réconfortent ? Sera-t-elle un millefeuille, qui alterne pâte feuilletée craquante et crème onctueuse ? Vérifions cela avec la version de cette pâtisserie classique par Sébastien Dégardin.

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Le Flan par Farine & O

« Je vais passer un mois dans le village. J’y vais seule, c’est sûrement la dernière fois. » Les cahots de ce chemin de montagne secouaient le bus où notre vieille voisine nous annonça la destination de son dernier séjour d’été. Elle commença à nous parler de sa voix frêle sans prévenir, comme si elle jetait des mots dans le vide, n’ayant peut-être pas remarqué notre présence à côté d’elle. Courbée sous ses 92 ans, elle pensait ne plus avoir le temps. Ce serait son dernier voyage, un retour aux sources disait-elle. Nous l’écoutâmes sans déranger son flot de paroles, sans être certains s’il s’agissait de tristesse ou de joie qu’elle exprimait. Nous descendîmes du bus avec cette incertitude troublante, et parfois salvatrice, cette hésitation qui nous fait vouloir vivre et tout essayer. Les choses que nous aimons, nous les voulons toutes, maintenant. En pâtisserie, nous goûterons toutes les créations les plus sophistiquées comme les plus simples, tel un flan classique chez Farine & O.

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Félicien par La Meringaie

Longtemps nous étions restés dans cet endroit que l’autre avait déserté. Nous frissonnions en pensant à son souvenir, nous nous accrochions à ce qui nous restait, un objet, une écriture, une odeur… les reliques d’un temps révolu. Nous l’admirions, car cela nous permettait de fuir tout ce que nous étions. Et nous avions vraiment pensé que nous nous retrouverions un jour. Mais que nous restait-il de tout cela ? Il n’y avait plus rien autour de nous. Alors un jour, nous partîmes aussi. Sur une autre voie nous nous engageâmes, un chemin enneigé, froid à figer tout ce que nous avions ressenti par le passé. On s’enfonçait dans la neige d’une légèreté et d’une blancheur à nous faire tout oublier, comme une meringue moelleuse et roulée dont La Meringaie s’est faite une spécialité.

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Sacher par Kaffeehaus

Dans la nuit silencieuse, son scooter nous transporte sur une route solitaire de la campagne en plein mois d’Août. Nous nous accrochons, nous sentons le vent qui remonte rapidement le long de nos jambes. Il s’engouffre dans les entrebâillements des tissus et fouette l’étoffe lâche de nos vêtements. Nous nous serrons, nos peaux frissonnent au contact de l’autre. Ses mains, ses cheveux, son souffle… Nous fendons l’air léger, et au-dessus de nos casques la voûte céleste explose et s’illumine d’innombrables étoiles. Cette nuit d’été est paisible, mystérieuse et peuplée de ces douceurs qui s’évanouissent à l’aube. Elle est aussi éphémère, et ne ressemblera à aucune autre. Nous nous y engouffrons sans crainte, comme nous dégustons une pâtisserie aussi noire qu’un Sacher Torte par Kaffeehaus.

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Roulé au Matcha par Sadaharu Aoki

À pas de loup, elle s’était remise sur notre chemin. Nous ne pensions pas la revoir ainsi, mais c’était bien elle. Impassible, elle nous attendait sur une passerelle sinistre. Son regard nous arrêta. Sous nos pieds, l’autoroute en flux tendu. La passerelle rouillée tremblait dans le vacarme des véhicules qui passaient, les poids lourds se ruaient vers nous, faisaient tressauter toute la structure. Puis au moment où ils nous atteignaient, ils disparaissaient soudain sous le métal, comme engloutis dans une ouate insondable ! Était-ce donc aussi rapide, aussi doux ? Leur violence semblait s’anéantir dans la douceur d’une autre dimension, comme une bouche insatiable qui se referme sur le moelleux d’un biscuit spongieux, l’un de ces tendres roulés au matcha que l’on trouve chez Sadaharu Aoki.

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